Alice in Nightmareland

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 Aux frontières de l'irréel

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Le Valet de Coeur

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MessageSujet: Aux frontières de l'irréel    Mer 11 Fév - 13:58

Je ne me retournais qu’une dernière fois pour voir les rayons du soleil toucher le royaume de Cœur. Loin de lui apporter sa lumière, il ne faisait que renforcer son aspect effrayant, accentuant les tons rouges des tuiles et des fleurs. Je crus même discerner le Château de la Reine. De là où je me trouvais, sur mon promontoire, sa forme incongrue m’apparut dans toute sa splendeur et je me demandais un instant si je vivais vraiment à l’intérieur.

Il fallait être fou pour passer ses immenses portes et encore plus pour vouloir y rester. D’entre les fous, je devais être l’un des pires. Mais je me targuais quand même de ne pas faire partie du podium. D’autres se disputaient le privilège.

Heureux de cette constatation qui faisait de moi un être encore lucide, je dédaignais la vision de la bâtisse pour poursuivre mon chemin, loin des tribulations fiévreuses qui agitaient la Cour. Je m’étais faufilé hors du palais dès l’aube, comme on l’exigeait de moi. Après tout, n’étais-je pas un agent des ombres ?

Le Château me semblait bien loin tout à coup. Il paraissait si petit, vu d’ici, et à peine visible, que je pouvais le cueillir dans ma main. Je me demandais ce que j’éprouvais réellement à l’instant : de la tristesse, de la mélancolie ou la joie de vagabonder loin des couloirs animés ? Un peu de tout, peut-être. J’étais surtout satisfait de me rendre utile à la Reine, une fois de plus. Je devenais indispensable au fil du temps et je comptais bien ne pas m’arrêter en si bon chemin. Et puis, ma tête ne valait pas assez pour qu’on la fasse tomber, alors autant profiter de ce que la vie dans l’ombre pouvait procurer comme maigres avantages.

Du bout du pied, j’envoyais un caillou rouler un peu plus loin, le regardant faire quelques rebonds sur la route accidentée. Une mission pour retrouver « quelque chose » qui appartenait au royaume de Joker, voilà de quoi alimenter mon goût du défi ! J’espérais la trouver avant de pénétrer sur le territoire du Fou. Je savais bien que je n’étais pas le bienvenu chez le Chapelier. Après tout, je l’avais déjà conduit une fois devant la Cour pour son procès. Ah ! Les gens avaient la rancune tenace ! Qu’y pouvais-je si un tel décidait de jouer la forte tête ? C’était le meilleur moyen de perdre celle-ci !

J’époussetais mes vêtements noirs, ma tenue officielle… et aussi ma tenue officieuse. Pourquoi changer lorsqu’on se sent bien dans notre apparence, hein ? On disait que je ressemblais à un corbeau. Soi-disant. Cela rendait mes allers et venues encore moins agréables, paraissait-il.

Tant mieux ! C’était l’effet recherché !

Cette fois-ci, je ne venais donc pas chercher de futures têtes coupées, mais plutôt une… une quoi, d’ailleurs ? Comment l’appeler, hein ? Ça devait bien avoir un nom après tout. Tout devait toujours avoir un nom. C’est pourquoi je m’appelais Jack, d’ailleurs. Mais cela ne voulait pas dire grand-chose, pourtant. Tandis que le Valet de Cœur, c’était un nom qui en disait long.

Tout ce que je savais pour l’instant, c’est qu’on l’avait aperçu dans la ville des songes, là où elle était arrivée.

La brise se leva soudainement. J’avais déjà parcouru pas mal de chemin et je m’en félicitais. Plus vite la mission prendrait fin, plus vite je serais rentré ! Mais plus vite l’amusement de la liberté cesserait, également. Lorsque je sortais loin du royaume, je me sentais plus libre qu’à n’importe quel autre moment de ma vie. Mais il s’agissait d’une liberté relative, car en vérité inexistante. Et le plus comique, c’est que je m’étais mis ces chaînes moi-même. Parfois, je me faisais l’impression d’être le plus drôle parmi les moins drôles. Ou peut-être étais-je le moins drôle parmi les plus drôles… Hum…

Vaste question qui m’occupa pendant le reste du trajet. Une route morne, encadrée de ronces savamment entrelacées, sous une lumière blanche. Les bosquets de roses s’étaient espacés au fur et à mesure, laissant place à un sentier de plus en plus étroit, serpentant sinueusement entre des roches. Sur celles-ci étaient peintes des flèches en rouge, indiquant une seule et même direction : là d'où je venais.

La ville des songes devait se trouver quelque part, loin devant moi, de l'autre côté de la frontière qui séparait le royaume de Cœur du reste de Nightmareland. Je me sentis comme entre deux mondes. Les limites avaient un côté fascinant ; elles n’appartenaient à rien ni à personne. En un pas, tout pouvait basculer. Pour le meilleur ou pour le pire, impossible à dire ! Pour l’heure, je me trouvais encore dans le royaume de ma Dame, là où les ronces prenaient des formes de cœur, où le rouge maquillait pierres et fleurs.

Alors que je soufflais un coup, j’aperçus une silhouette qui avançait au milieu de ce paysage perdu, encadré de rochers qui se ressemblaient désespérément les uns les autres. Elle ne semblait pas savoir exactement où elle se trouvait, si j’en jugeais sa démarche un peu hésitante. Un sourire effleura mes lèvres. Une Alice, sans aucun doute. Et peut-être bien l’Alice que je cherchais.

Je grimpais sur quelques hautes roches, passant de l’une à l’autre d’un pas presque dansant. J’observais une carte que j’avais saisie dans ma poche, avant de darder mon regard sur celle qui s’approchait de plus en plus.

Au moment où j’estimais qu’elle était au meilleur endroit possible, je sautais de mon promontoire afin de me trouver devant elle.

« Vous m’épargnez bien des désagréments en venant à moi plutôt que l’inverse », lançais-je sans dissimuler ma satsifaction.

J’esquissais aussitôt une révérence digne de la Cour, comme j’avais appris à les faire. La Reine ne plaisantait pas avec les manières.

« Salutations, chère Alice. Permettez-moi de me présenter. Je suis le Valet de Cœur. »

Je me redressais comme un ressort, faisant jaillir entre mes doigts la carte que j’observais un peu plus tôt. Elle représentait la dame de cœur et je la présentais aussitôt à la jeune fille, avant de retourner la carte pour lui révéler le dos de celle-ci. S’y trouvait dessiné le visage de la personne face à moi. En tant d’espion de la Reine, il était de mon devoir de bien me renseigner sur mes « missions ».

« La Reine de Cœur m’envoie vers vous. Elle souhaite que je vous conduise à elle, en qualité… d’invitée ! »

Voilà ! Voilà le mot que je cherchais ! Invitée !

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Alysse

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Jeu 12 Fév - 18:07

J’avais quitté tôt le royaume du Joker, ses collines qui n’en finissaient plus et qui semblaient d’ailleurs constamment te ramener au même endroit. J’avais envie de découvrir dans quel genre de monde j’avais atterrit. Certes, avec un nom comme Nightmareland, on pouvait
supposer que ça ne serait pas une petite balade de santé qui m’attendait, mais qu’importe.
Je ne pouvais pas rester enfermée constamment. Je me trouvais dans un autre univers, autant en profiter. Il y avait une quantité d’adolescent qui aurait tué pour avoir cette même chance, même si j’aurais plus parlé de malchance dans ce cas-ci. Tout était un peu bizarre ici, trop bizarre. Ou plus bizarre…

Je passais à côté d’une rivière et je m’arrêtais quelques secondes pour y voir mon reflet. Je tortillais mes cheveux, redevenue châtain par on ne sait quelle magie. Dire que je venais tout juste de me faire faire une couleur qui m’avait coûté une fortune. Je les aimais bien en bleu moi. Mais j’avais la nette impression de n’être simple pion par ici et il semblerait que les lois de ce monde étaient indiscutables.

En tout cas, en ce qui concerne la teinture capillaire…

Je marchais depuis je ne sais plus combien de temps. J’avais emprunté un chemin où un panneau indiquait «raccourci». Note à moi-même. Ne plus jamais suivre un panneau indicateur de ma vie, surtout pas ici… J’avais échappé de justesse à une souris géante – j’étais passée tout près de l’endroit où elle se tapissait- et j’étais revenue sur le bon chemin.
Une chance pour moi, les rongeurs ne m’effrayaient, j’aurais même pu l’a trouvé mignonne si elle n’avait pas eu autant d’insistance pour me dévorer. Je connaissais quelques filles de ma classe qui se seraient évanouies de terreur.

Je marchais, je ne savais plus trop où en fait… Peu à peu, les bords du chemin s’étaient recouverts de ronces. Je remarquai une flèche rouge sur le pan rocheux…

Tiens une autre. Je ne savais pas si je devais les suivre. Vu ce qui venait d’arriver, je dirais que non, mais comme il s’agissait du seul chemin.

J’avais toujours été un peu aventurière et j’en avais quelques fois payé le prix en me retrouvant dans un quartier à certaines heures de la nuit où je n’aurais pas dû me retrouver.

J’étais un peu perdue dans mes pensées et je sursautais en reculant de quelques pas lorsque quelqu’un atterrit à l’improviste devant moi. Il avait dû sauter du pan rocheux qui se dressait en bordure de route. Je détaillais l’homme qui me faisait face. Des cheveux noirs, des vêtements noirs… Décidément, tout le monde s’étaient donné le mot pour avoir une apparence glauque ou quoi?

« Vous m’épargnez bien des désagréments en venant à moi plutôt que l’inverse »

Alors comme ça on me cherchait? Pourquoi je n’étais presque pas étonnée…

L’inconnu esquissa une révérence, semblable à celle que font toujours les majordomes dans les films semi-historique. C’était plutôt amusant de voir quelqu’un se conduire de la sorte en chair et en os. Ce n’était pas dans ma métropole des années 2000 qu’on aurait vu quelqu’un effectuer une révérence. Mais c’était plutôt étrange pour moi d’être le centre de l’attention et je me sentis soudainement mal-à-l’aise. Je préférais lorsque je passais inaperçu…

« Salutations, chère Alice. Permettez-moi de me présenter. Je suis le Valet de Cœur. »

Le Valet me présenta une carte à jouer –encore une!- et je pus y voir une très jolie femme. La Reine de cœur? Est-ce qu’elle s’amusait, comme dans le conte, à faire tomber des têtes? Parce qu’elle n’avait pas du tout l’apparence d’une folle à lier. Mais il ne faut jamais se fier aux apparences, c’était au moins quelque chose que j’avais appris depuis longtemps. Il retourna la carte et je pus y voir mon visage qui y figurait. C’était-il fier à cela pour savoir qu’il avait bel et bien affaire à la personne que sa Reine cherchait? Probablement. Même plus que probable.

« La Reine de Cœur m’envoie vers vous. Elle souhaite que je vous conduise à elle, en qualité… d’invitée ! »

J’étais une invitée de la Reine? Alors que je venais à peine d’arrivée et que je ne connaissais pratiquement personne? Voulait-elle déjà me faire couper la tête? Nan, surement pas. Je n’avais encore rien fait qui pourrais lui déplaire. Enfin, espérer ici semblait être la seule chose que je pouvais faire.

Ce qui me rendait suspicieuse et nerveuse, c’était le fait qu’il ait hésité sur le mot invité…
Je préférais ne pas le suivre immédiatement et je lui demandais :

-Pourquoi la Reine souhaite-elle me rencontrer? Aurais-je fait quelque chose pour lui déplaire? Et puis, ce n’était pas réellement dans mon intention de venir à votre rencontre, puisque j’ignorais que vous me recherchiez, en fait… J’étais perdue.

Autant jouer la carte de l’honnêteté et restée polie... Je regardais celui qui me faisait face de haut en bas. Il me donnait réellement l’impression d’un corbeau, comme ceux qui attendent que tu passes sous eux et qui te regardes de le perchoir.  Je m’arrêtais quelques secondes pour fixer ses yeux, d’un rouge complètement irréel.

Je n’aimais pas réellement être en compagnie des hommes –je devais constamment prendre sur moi et disons que c'était de la faute à mon père, ce n'était pas le meilleur des hommes...- et je fermais les yeux en inspirant pour me redonner de la contenance.  Après quelques secondes, je dis, maintenant  plus curieuse qu’effrayée :

-Ici, tout le monde m'appelle Alice, et ironiquement, je me nomme réellement Alysse. Mais Valet de Cœur, ce n’est que votre titre, pas vrai? N’avez-vous donc pas un véritable prénom?


Spoiler:
 

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Le Valet de Coeur

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Sam 14 Fév - 12:32

Je remarquais que la Alice ne semblait pas particulièrement étonnée, bien qu’elle n’ait pas vraiment l’air à l’aise. Je ne voyais pas bien ce qui pourrait la gêner dans la situation présente : on venait la convier à rencontrer la Reine et non à passer devant le tribunal. Ah, les Alices étaient des êtres si mystérieux !

Je me tournais et commençais à marcher, mais je me rendis vite compte qu’elle ne me suivait pas. Allons bon, voilà autre chose. Avais-je raté quelque chose dans ma formulation d’invitation ? Etais-je un valet si inutile pour qu’on dédaigne sa demande ? J’haussais un sourcil en me tournant vers elle, guettant un signe de sa part. Elle ouvrit la bouche et j’en vins à la conclusion qu’elle n’était donc pas muette.

« Pourquoi la Reine souhaite-elle me rencontrer? Aurais-je fait quelque chose pour lui déplaire? Et puis, ce n’était pas réellement dans mon intention de venir à votre rencontre, puisque j’ignorais que vous me recherchiez, en fait… J’étais perdue. »

Pourquoi ? Quelle drôle de question.

« Vous croyez être perdue », argumentais-je sans ciller, alors qu’elle me dévisageait de la tête aux pieds.

Elle ne semblait pas particulièrement apprécier ce qu’elle voyait, mais je ne m’en offusquais pas. Je n’étais qu’un valet après tout.

« Ici, tout le monde m'appelle Alice, et ironiquement, je me nomme réellement Alysse. Mais Valet de Cœur, ce n’est que votre titre, pas vrai? N’avez-vous donc pas un véritable prénom? »

Je sentais comme de la curiosité poindre dans sa voix. Sa question me troubla vaguement et cela se traduisit certainement dans mon expression interloquée. On se posait rarement cette interrogation ou du moins, on ne me la posait pas à moi.

« Beaucoup l’ont oublié. Ou peu s’en souviennent, comme vous préférez », répondis-je en toute franchise, tout en plaçant mes mains dans les poches, au risque de ne plus du tout ressembler à un valet. Si tant est que j’aie ressemblé à un valet, une fois dans ma vie. Mouais... Cela ne se lisait sans doute pas sur ma tête.

J’esquissais les quelques pas qui me séparaient d’un rocher, traçant du bout du doigt la ligne rouge de la flèche peinte sur sa surface brute, l’air pensif.

« Jack. »

Le Valet de Cœur en disait bien plus long sur moi que ce simple nom de quatre lettres, non ? A moins que ce ne soit justement l’inverse…
J’avais offert mon nom à la Reine en l’échange de ce titre que je convoitais, aussi le prononcer si soudainement me fit un drôle d’effet. Cela faisait longtemps que je n’avais pas donné mon nom, au point que je crus pendant un moment que quelqu’un d’autre avait parlé à ma place. Machinalement, je me tournais comme si cette personne se trouvait derrière moi. Mais, à l’évidence, il n’y avait nul autre ici qu’Alysse et moi.  
 
Bah ! De toute façon, nous avions l’habitude de nous désigner, à Nightmareland, sous l’appellation d’une fonction ou d’un titre. Je suppose que cela ne choquait aucun d’entre nous.

Alysse saurait quelque chose que les habitants de Nightmareland ne savaient pas/plus. Un savoir bien inutile, cependant. Je voyais mal à quoi il pourrait lui servir dans un avenir proche comme lointain.  

« Vous me demandez pourquoi la Reine veut vous rencontrer, mais je ne suis que le Valet de Cœur. Il serait peut-être plus simple de poser directement la question à ma Dame, non ? », Lançais-je avec le sourire du marchand qui souhaite à tout prix refiler sa camelote.

En même temps, mes paroles étaient logiques, non ?

« Si ça peut vous rassurer, je ne viens pas chercher votre tête. Ma souveraine est curieuse. Vous êtes arrivée récemment dans notre monde, déclarais-je, sûr de mes informations et peu soucieux de dévoiler la façon dont je les avais obtenu, aussi désire t-elle faire votre connaissance. Si vous touchez son cœur, votre vie ici sera plus facile. »

Mon sourire demeura figé quelques instants, tandis que mes yeux plissés s’ouvraient peu à peu. Finalement, je pris une expression pensive, pas bien certain de ce que j’affirmais. Une mine dubitative finit par redessiner mes traits, alors que je laissais tomber :

« Enfin, je suppose… »

Je balayais rapidement l’air d’un geste de la main, comme si ce n’était finalement pas bien important.

« Alors ? Venez-vous au Château de Cœur, Alice Alysse ? »

Devais-je rajouter que refuser l’invitation d’une Reine était une grossièreté sans nom ?

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Alysse

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Lun 16 Fév - 18:54

« Vous croyez être perdue »

Génial. Moi et les grandes questions rhétoriques, ça faisait deux...
On va finir par me dire que Nightmareland est une entité propre qui à déjà choisie le chemin qu’on devait emprunter? C’était du grand n’importe quoi. Je me promenais et je m’étais perdue, voilà tout.

Ce fut fugace, mais je pus voir un trouble passé sur le visage du Valet. Était-ce donc si étrange qu’on lui demande son nom?

Je devais réellement arrêter de me poser autant de questions, surtout que je n’obtiendrais jamais les réponses.

«Beaucoup l’ont oublié. Ou peu s’en souviennent, comme vous préférez »

C’était triste, en un sens. Que personne ne se souviennent de qui vous êtes, ou du moins que personne de s’en soucie. Il se marcha jusqu’à un rocher et s’amusa à suivre la flèche rouge de son doigt. Si ma déduction était la bonne, cette flèche devait pointer en direction du royaume de Cœur, vu qu’il avait pris cette direction quelques instants plutôt, avant de se rendre compte que je ne le suivrais pas aussi facilement.

« Jack. »

Je restais quelques instants perdue dans mes réflexions. Comme c’était étrange et ironique que le Valet de Cœur se prénomme Jack. Je commençais à croire que les coïncidences, ça n’existait probablement pas dans ce monde. Je voulus lui en faire part, mais je m’arrêtais lorsqu’il répondit à ma première question.

« Vous me demandez pourquoi la Reine veut vous rencontrer, mais je ne suis que le Valet de Cœur. Il serait peut-être plus simple de poser directement la question à ma Dame, non ? »

Ce sourire, je n’y adhérais pas. J’étais plutôt doué pour reconnaitre les fausses expressions de joie. Ne les avais-je pas appliquée moi-même pendant très longtemps? Le problème c’est que comme je ne connaissais point la Reine de Cœur, je ne pouvais pas prévoir ce que je pouvais et ne pouvais pas dire en sa présence. Flatter les gens, c’était devenue une deuxième nature, sauf lorsque j’étais trop exaspérée pour jouer cette facade. Et puis, je souhaitais plus que tout conserver ma tête sur mes épaules, surtout que je pouvais assurément mourir dans ce monde-ci.

« Si ça peut vous rassurer, je ne viens pas chercher votre tête. Ma souveraine est curieuse. Vous êtes arrivée récemment dans notre monde, aussi désire t-elle faire votre connaissance. Si vous touchez son cœur, votre vie ici sera plus facile. Enfin, je suppose… »

Merci, je me sentais tellement rassurée à présent... Mais, si la Reine était curieuse, je resterais en vie plus longtemps. Tant que je continuais d’attiser ce sentiment de curiosité, du moins.

« Alors ? Venez-vous au Château de Cœur, Alice Alysse ? »

Je n’ajoutais rien pendant quelques secondes, laissant le silence s’installer. Alice Alysse... Ça sonnait encore plus mal que Mary-Alysse.

Je n’étais pas certaine que suivre cet énergumène était une excellente idée, mais je n’avais pas réellement le choix. Je dis :

-Je vous suis... Jack. Autant ne pas faire attendre la Reine, n’est-ce pas?


Elle ne devait pas être réputée pour son infinie patience, si je considérais qu’elle devait ressembler à son homologue du conte pour enfants.

Je fis quelques pas dans la direction qu’indiquais la flèche, me retrouvant à la hauteur du Valet, mais toujours dans ce que je considérais être une distance sécuritaire avec un homme.

Je dis, réprimant un sourire :

-Je ne sais pas à quelle distance ce trouve le Château de Cœur, mais on devrait probablement y être pour le thé. Puisque de toute façon, cela semble toujours être l’heure du thé par ici...

Le Chapelier Fou me l’avait fait rapidement comprendre...

Je ris pendant quelques instants avant de retombée dans mes pensées. Je dis, même si ce n’était plus pour moi-même qu’autre chose :

-Je peux pratiquement dire que nous partageons quelque chose en commun... Puisque le titre que l’on nous donnes, est en réalité, la signification de notre véritable identité...

Pour être plus clair, j’ajoutais :

-Dans mon monde, le Jack est le nom que nous donnons à une carte à jouer... Celle du Valet...


Je tournais les yeux pour le regarder et lui dis :

-Je vous en prie, ne m’appeler plus Alice Alysse... C’est pire que mon prénom complet. Alysse tout court, je pense que ça suffira.

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Sam 21 Fév - 20:55

« Je vous suis... Jack. Autant ne pas faire attendre la Reine, n’est-ce pas ? »

Je souris, satisfait qu’elle ait pris ce qu’il me semblait être la bonne décision. Néanmoins, entendre mon nom me faisait vraiment drôle, surtout dans la bouche d’une Alice.

« Sage décision », ajoutais-je sur un ton badin, prêt à me mettre en route, les mains dans les poches de ma veste sombre.

La Reine de Cœur n’aimait pas beaucoup attendre. Elle aimait que l’on exécute ses ordres rapidement, c’est pourquoi  je m’évertuais toujours à répondre à ses attentes dans l’instant qui suivait. D’aucun dirait qu’il s’agissait de l’attitude d’un chien bien dressé. Pour ma part, je parlais plutôt d’instinct de survie.

Je remarquais que la Alice, arrivée à ma hauteur, s’arrangeait pour se tenir le plus loin possible de moi, comme si m’approcher de trop près pourrait lui refiler une maladie. Pendant un instant, je m’interrogeais sur mon odeur corporelle. Discrètement, je reniflais ma veste pour en avoir le cœur net. Peut-être que le trajet m’avait fait transpirer… Pourtant, je ne sentais rien de particulier.

« Je ne sais pas à quelle distance se trouve le Château de Cœur, mais on devrait probablement y être pour le thé. Puisque de toute façon, cela semble toujours être l’heure du thé par ici... »

J'eus un rire jaune devant cette formule propre aux habitants du Royaume de Joker… Le genre de formules qui passeraient mal devant ma tyrannique Dame. Quoique, peut-être apprécierait-elle la répartie. Elle était si imprévisible, parfois ! J’en soupirais de dépit.

« Disons que le… Temps est un sujet sensible, ici. »

Je n’entrais pas dans les détails. Elle devait savoir certaines choses, à moins que le Chapelier ne lui ait rien dit. Quoiqu’il en soit, mon rôle n’était pas d’amener les gens à trancher les questions, mais les amener à se faire trancher la tête… Entre autres… Ma vie me semblait dégradante, présentée comme ça…

Nous suivîmes le sentier encadré de rochers, les flèches nous indiquant la même direction, si besoin il y avait. On pouvait se targuer de vivre dans un royaume moins bordélique que celui du Chat de Cheshire.

Alysse demeura pensive durant quelques temps. Je n’eus pas besoin de me demander quel était l’objet de ses pensées, puisqu’elle prit la parole, sans vraiment me l’adresser :

« Je peux pratiquement dire que nous partageons quelque chose en commun... Puisque le titre que l’on nous donne, est en réalité, la signification de notre véritable identité... »

J’haussais un sourcil. Ainsi, Alice représentait pour elle sa véritable identité. Intéressant…
En même temps, elle s’appelait réellement Alysse. Pour moi, ce n’était pas un hasard. Je ne croyais pas au hasard.

« Dans mon monde, le Jack est le nom que nous donnons à une carte à jouer... Celle du Valet... »

Je souris à moitié, préférant rester vague quant à tout ce qui touchait mes origines et mon identité.

« Je vous en prie, ne m’appelez plus Alice Alysse... C’est pire que mon prénom complet. Alysse tout court, je pense que ça suffira. »

Cette fois-ci, j'eus un rire franc.

« Si vous aimez les raccourcis, vous aimerez la Reine, plaisantais-je. Je vous appellerai comme vous le souhaitez, Alysse. Un nom peut en dire long, mais celui que l’on se donne en dit davantage encore. »

Sur ces paroles, je me tus un moment, lui laissant le loisir d’observer le paysage nouveau qui se dévoilait. Des bosquets apparurent et ils auraient pu donner l’image du cadre idyllique s’ils n’étaient pas harcelés par les ronces aux formes biscornues.

Pour ma part, je ne les voyais plus, mon attention étant accaparée par les fleurs qui apparurent par myriade. Avec la plus infime précaution, je m’approchais d’un bosquet, prenant garde à ne pas me faire écorcher par les ronces, en vain puisqu’il y en avait partout. Je cueillais donc l’une des fleurs pas encore tout à fait éclose. Je revins vers le sentier pour la tendre à bout de bras à la jeune Alice, comme si c’était tout à fait normal. Cela n’avait rien d’un acte de galanterie et cela se vit peut-être à mon attitude assez machinale.

« Cette fleur pourrait vous être utile plus tard. »

Je veillais à ne pas trop m’approcher, respectant la distance qu’Alysse avait silencieusement imposé. Peut-être la briserais-je, cette barrière, avant la fin du trajet, ne serait- ce que pour rire. Mon amour des farces ne résisterait jamais à un tel sujet de taquineries !

« Rouges. Toutes ces roses sont rouges et ce n’est pas pour rien. Ma Dame ne jure que par cette couleur, mais vous vous en rendrez compte très vite.»

Mes yeux aussi étaient rouges et, selon les rumeurs, c’était la seule chose qui maintenait ma tête sur mes épaules. J’aurais préféré que l’on reconnaisse mes talents… C’est vrai, quoi, c’était vexant de penser que la Reine ne me gardait que pour un motif aussi superficiel. Un jour, je lui poserai ouvertement la question ! Un jour...

Je perdis soudain toute trace d’amusement, comme si je venais subitement de me rappeler de quelque chose. En vérité, j’y songeais déjà depuis un moment mais je jugeais l’instant opportun pour l’aborder :

« Oh, une petite chose ! Il serait préférable que vous n’évoquiez pas trop le Chapelier Fou devant ma Dame ou sa Cour. C’est un sujet… épineux. »

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Alysse

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Mar 24 Fév - 16:04

« Disons que le… Temps est un sujet sensible, ici. »

Que voulait-il dire? Il semblait parler du temps avec un T majuscule, comme on l’aurait fait avec une vraie personne. Peut-être était-ce le titre d’un des personnages de ce monde? Un sujet sensible… Parce que personne ne voulait en parler, ou parce qu’il était tabou?

AH! Je devais vraiment arrêter de me poser mille et une question, de toute façon, on ne me répondais jamais.

Il se mit à rire. Je ne comprenais pas ce que j’avais bien pu dire de drôle. C’est vrai quoi, Alice Alysse, c’était atroce, non?

« Si vous aimez les raccourcis, vous aimerez la Reine. Je vous appellerai comme vous le souhaitez, Alysse. Un nom peut en dire long, mais celui que l’on se donne en dit davantage encore. »

Il aimait jouer sur le mystère, ce Valet de Cœur. J’espérais juste que la Reine allait m’apprécier, simplement parce que je voulais garder ma tête sur mes épaules.

Le silence s’installa et j’en profitais pour regarder tout autour de moi, tout en marchant d’un pas continu. De hauts bosquets de feuilles vertes apparaissaient ici et là, transformant peu à peu le paysage qui semblait devenir un peu plus accueillant. Mais la présence de ronces enchevêtrées au travers de ce beau paysage gâchait tout, comme pour nous rappeler d’être toujours prudent et que les choses ne sont jamais aussi jolies qu’elles ne semblent l’être.

Ce n’était pas un avertissement qui m’était réellement utile. J’avais appris à discerner ce genre de chose chez les gens.

Au détour du chemin, les bosquets se couvrirent soudainement de fleur, comme s’il y avait une frontière invisible que nous venions de traverser et qui restreignant les roses dans un territoire précis.

Je m’arrêtais après quelques pas, remarquant que Jack s’était dirigé en bordure du chemin.
J’avais fini par comprendre qu’on devait suivre les flèches rouges, mais je ne croyais pas que le fait de voir son «invité» arrivée avant son Valet allait réellement réjouir la Reine. J’attendis donc qu’il ait fini de cueillir une fleur. Il s’était écorché un peu partout à cause des ronces, mais comme il ne semblait pas s’en préoccuper, je n’émis pas de commentaires à ce sujet.

Il me tendit un bouton de rose à peine éclos, d’un rouge profond et ce, d’une manière si machinale que je me demandais où était la blague.

« Cette fleur pourrait vous être utile plus tard. »

J’attrapais la fleur délicate et l’observais sous tous les angles. La lumière jouait dans le velours des pétales, faisant chatoyer les différents rouges qui la composait. Ici carmin, là bourgogne et maintenant rouge vif. Même dans mon monde, les fleurs n’étaient pas aussi belles et captivantes. Où était-ce simplement parce que je ne prenais pas le temps de les regarder?

« Rouges. Toutes ces roses sont rouges et ce n’est pas pour rien. Ma Dame ne jure que par cette couleur, mais vous vous en rendrez compte très vite.»

Normal qu’elle aime le rouge, si elle se nomme la Reine de cœur.

Je compris soudainement pourquoi il m’avait donné quelque chose de rouge. Des jeans en denim bleu foncé, un t-shirt noir, des cheveux châtains et finalement, des yeux verts…
Autant mettre toute mes chances de côtés en ajoutant cette touche de rouge que la Dame aimait tant…

Le visage de Jack devient soudainement sérieux. Ça sentait la révélation.

« Oh, une petite chose ! Il serait préférable que vous n’évoquiez pas trop le Chapelier Fou
devant ma Dame ou sa Cour. C’est un sujet… épineux. »


Ma curiosité fut soudainement piquée, mais je ne pus m’empêcher d’échapper un rire discret devant le jeu de mot qu’il avait employé. Je ne pus m’empêcher de dire :

-Les plus jolies roses ont toujours des épines, non?

Soudain, une idée me traversa l’esprit : et si la Reine m’avait fait venir simplement pour enquiquiner le Chapelier? C’était plausible. En fait tout dépendait de ce qui s’était passé entre ces deux-là. Je demandai à Jack :

-Est-ce que je peux savoir ce qui s’est passé entre le Chapelier et la Reine? Au moins, juste pour savoir quel genre de sujet je ne devrais pas aborder. Je ne voudrais pas l’importuner inutilement…

Je tournais la fleur entre mes doigts et je remarquai que celle-ci n’avait pas d’épines. Un coup du hasard ou cela voulait signifier autre chose?

Je secouai la tête pour chasser les drôles de pensés philosophique et sans queue ni tête qui commençait à envahir mon esprit. Sérieux, je passai trop de temps avec des fous ces temps-ci…

Je cassai un peu plus la longue branche de la fleur et je l’a glissai derrière mon oreille gauche. Les petits pétales me chatoyèrent la tempe, mais je m’habituais rapidement.
Je marchais silencieusement avant de tourner mon regard en direction du Valet et je dis :

-Dites, qui est ce Temps dont tout le monde semble parler, sans réellement l’invoquer directement?

Pourquoi j’avais la nette impression que c’était important?

Mais je devrais attendre pour la réponse puisqu’un homme s’approchait de nous, provenant de la direction opposé d’où nous allions. Il était plutôt banal, des traits ordinaires, comme si on avait déjà vu ce modèle des milliers de fois. Il portait un tabard décoré de cœur. Un soldat?

Je ris en repensant au film pour enfant d’Alice au pays des merveilles. Une  carte? Je m’imaginais soudainement le pauvre homme, costumé avec une énorme fausse carte, la tête, les bras et les jambes seulement dépassaient, alors qu’il devait  se dandiner pour marcher. Voyant que le garde s’était arrêté à quelques mètres de nous et qu’il me regardait bizarrement, je cessais de rigoler et l’image que je m’étais faite de lui s’envolait. Je me mordillais la lèvre inférieure pour m’empêcher de continuer à sourire comme une débile. Il s’adressa à Jack :

-Valet, vous avez fait vite. La Reine est impatiente de rencontré notre invitée et elle souhaitait que je vous prévienne qu’elle l’attend dans le Labyrinthe, plutôt que dans la salle du Trône.

Si cet homme était ici, c’est que nous étions plutôt proches du Château. Je levai les yeux et soudainement je le vis, à une centaines de mètres. J’avais été tant absorbé par le paysage alentour et par les fleurs que je n’avais même pas prêté attention à l’imposante et étrange structure que se dressait devant nous.

Comment ça faisait pour tenir debout avec une forme pareille? D’un certain point de vue, c’était… Lugubre et intimidant.

Sérieusement, je me demandais si les distances entre les endroits changeaient ou si ce n’était que mon imagination?

Je me fis silencieuse, laissant Jack guider le chemin. J’aurais mille fois plus de chance de me perdre si je continuais seule, comme j’en avais normalement l’habitude.

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Sam 28 Fév - 18:57

« Les plus jolies roses ont toujours des épines, non? »

J’hochais silencieusement la tête, perdu dans mes pensées. C’était pareil avec les femmes !  

« Est-ce que je peux savoir ce qui s’est passé entre le Chapelier et la Reine? Au moins, juste pour savoir quel genre de sujet je ne devrais pas aborder. Je ne voudrais pas l’importuner inutilement… »

Hum… j’aimais les ragots, c’était un fait. Néanmoins, divulguer des informations sur le royaume ne faisait pas partie des attributions d’un valet. Je jetais un coup d’œil en biais à Alysse. Si seulement, la Reine avait pu me tenir informé des projets concernant cette Alice…
Après, peut-être apprendrait-elle très vite ce qu’il en était de la situation entre les royaumes de Cœur et de Joker. Que le Chapelier ne lui ait rien dit ne me surprenait pas outre mesure.

J'en étais là de ces réflexions lorsqu'un garde vint à notre rencontre. Je ne saurais dire si j'étais soulagé, car cela m'évitait de répondre à Alysse, mais d'un autre côté... Cela ne me plaisait pas. Certains gardes avaient la fâcheuse manie de vouloir à tout prix se rendre intéressant auprès de la Reine, afin de susciter son amour et éviter son courroux. Certes, c'était plutôt judicieux de leur part, mais cela ne me plaisait pas, à moi. Et oui, ma position de Valet n'était pas forcément stable et je devais sans cesse la défendre, je n'avais donc pas besoin de concurrence en matière de loyauté. Et puis, c'était pénible, comme attitude, voilà ! Il n'y a même pas à se justifier ! ça m'énervait, point final !

« Valet, vous avez fait vite. La Reine est impatiente de rencontrer notre invitée et elle souhaitait que je vous prévienne qu’elle l’attend dans le Labyrinthe, plutôt que dans la salle du Trône. »

Je fronçais les sourcils imperceptiblement, avant de me ressaisir pour ne pas révéler mon trouble. Dans le Labyrinthe… Pourquoi ma Dame voudrait rencontrer Alysse dans le Labyrinthe ? C’était ridicule comme idée ! Bon, cela, je ne lui dirais peut-être pas en face… J’aimais assez bien l’idée que ma tête reste sur mes épaules.

« C’est normal, Garde, répondis-je brièvement (et un peu sèchement) à sa première intervention, je suis le Valet de Cœur. Puisqu’il plait à notre souveraine de recevoir son invitée dans le Labyrinthe, il en sera fait selon sa volonté. »

Toutefois, je ne pouvais m’empêcher de m’interroger. A quoi pensait la Reine ? Etait-ce une mise à l’épreuve destinée à Alysse ? Bon nombre de gens s’étaient perdus à l’intérieur du Labyrinthe. Certains n’en étaient jamais ressortis. Du moins… pas vivants, j’entends.

Je me tournais vers Alysse, occultant le garde qui ne m'était plus d'aucune utilité et qui allait retourner à ses occupations s'il ne voulait pas que je me montre discourtois, et j’enjoignais celle-ci à me suivre. Bah, du moment qu’elle restait dans mon sillage, elle saurait s’y retrouver. J’avais mis du temps à m’accoutumer au Labyrinthe, mais, désormais, c’est un endroit que j’affectionnais, surtout au crépuscule.

« Il peut paraître effrayant d’aspect, mais chaque fois que j’y entre, je découvre toujours de nouvelles choses. A chaque fois, il me laisse une impression différente, selon l’heure de la journée ou le temps qu’il fait. »

L’entrée du Labyrinthe ne permettait pas d’en savoir davantage sur ce qu’il se trouvait à l’intérieur et nous pouvions aisément nous en rendre compte, une fois devant. Tout ce que l’on pouvait voir, c’était une ouverture dans un d’immenses blocs de verdures entrelacées de quelques ronces vicieuses. Fleurissaient par-ci par là des roses à la couleur du sang, parfois secouées par la légère brise.

Vu ainsi, on s’imaginait encore que tout était possible, qu’il suffisait d’entrer et de suivre un chemin selon une logique propre à soi-même. Là où le Labyrinthe se révélait bien plus impressionnant, c’est lorsqu’on le contemplait d’un point surélevé. Dès lors, toute sa complexité sautait aux yeux en même temps qu’une vague de renoncement s’emparait des moins téméraires. Je l’avais ressenti la première fois, mais désormais, il y avait en moi cette petite excitation à l’approche du dédale végétal.

Pour ne pas décourager Alysse, je lui avais épargné cette vision en hauteur, la conduisant simplement devant l’entrée par un petit chemin. Une fois devant, nous nous arrêtâmes pendant quelques minutes.

« Je vous conseille de ne pas trop vous éloigner. On raconte que les murs se déplacent », ajoutais-je avec un sourire.

Que mes paroles soient vraies ou fausses, il lui appartenait à elle de le déterminer. Je ne laissais aucun indice dans ma voix sur la possibilité que ce soit la vérité ou une plaisanterie.

J’esquissais donc les premiers pas à l’intérieur du labyrinthe, m’assurant à quelques reprises que l'Alice me suivait bien. Il était possible que nous croisions d’autres gardes de la Reine et il valait mieux qu’elle se trouve avec moi que seule. Tous ne voyaient pas d’un bon œil les Alice, souhaitant épargner à notre souveraine le souvenir douloureux du Temps tué.

Justement, voilà un sujet que la jeune fille derrière moi avait déjà abordé et auquel je n'avais pas encore pris la peine de répondre.

« Le Chapelier Fou a pris à ma Dame quelque chose qui lui était cher et pour cela, il a bien failli perdre la tête», répondis-je vaguement.

Je ne savais pas si je devais trop entrer dans les détails. Cela pouvait se révéler dangereux. Amusant par certains aspects, certes. Mais n’était-ce pas plus amusant qu’elle en sache assez pour se poser des questions, mais trop peu pour y répondre ?

Un sourire étira mes lèvres. Si, c’était très amusant !

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Mar 10 Mar - 15:03

Il eut un léger moment de silence. Je compris que quelque chose ne semblait pas plaire au Valet de Cœur à mes côtés, comme si ce quelque chose venait de déranger ses plans. En commençant à connaitre ce drôle de monde où j’avais atterrit, j’en déduisis que le Labyrinthe ne devait pas être un joyeux endroit fait de haie bien entretenu et où il faisait bon de prendre son après-midi.

« C’est normal, Garde, je suis le Valet de Cœur. Puisqu’il plait à notre souveraine de recevoir son invitée dans le Labyrinthe, il en sera fait selon sa volonté. »

Cette répartie qu’avait Jack…

Il me fit signe de le suivre, ce que je fis en silence. Je n’avais aucunement l’intention de me perdre dans un labyrinthe pour le restant de mes jours, ce qui pouvait être très long ou très court, au vu de la situation…

« Il peut paraître effrayant d’aspect, mais chaque fois que j’y entre, je découvre toujours de nouvelles choses. A chaque fois, il me laisse une impression différente, selon l’heure de la journée ou le temps qu’il fait. »

Le labyrinthe avait l’air d’un… D’un labyrinthe quoi. De hauts murs de verdures entrelacés, des fleurs carmines, mais c’était les ronces qui poussaient pernicieusement entre les branches des haies qui me disaient rien qui vaillent. Elles révélaient la véritable nature de cet endroit.

Nous nous arrêtâmes quelques minutes devant l’entrée et Jack me dit, avec un drôle de sourire amusé :

« Je vous conseille de ne pas trop vous éloigner. On raconte que les murs se déplacent »

Je marmonnais plus pour moi-même :

-Ne manquais plus que ça…

Il avança dans le chemin de verdure et je le suivis, me tenant seulement à quelques pas derrière lui. Après quelques instants de marche, il répondit :

« Le Chapelier Fou a pris à ma Dame quelque chose qui lui était cher et pour cela, il a bien failli perdre la tête»

Ce qui voulait dire : ne parle pas du Chapelier ou tu vas perdre la tienne…
Mais je me demandais bien qu’est-ce qu’il avait bien pu prendre à une Reine et qui avait voulu une peine de mort… Certainement pas quelque chose d’anodin comme des bijoux ou une nouvelle théière…

Je préférais ne rien demander d’autre. On évitait toujours mes questions de toute façon. Un jour ou l’autre, quelqu’un laisserait échapper une information et je serais là pour l’entendre. Peut-être que j’allais enfin  finir par comprendre le sens de tous ses mystères qui ne cessaient de s’épaissir dès que je demandais quelque chose.

Je marchais donc en silence. Par moment, l’ombre dans le labyrinthe s’épaississait lorsqu’on tournait un coin. Je gardais donc autant les yeux sur le Valet que sur le ciel bleu au-dessus de ma tête, ce qui à la longue finissait par me donner un vilain mal de cou. Je ne détestais pas l’obscurité, pas tant que j’étais dans un espace ouvert ou familier. Mais dès que les murs se rapprochaient de trop près, la claustrophobie me prenait.

Ce n’était pas comme dans les films, où tu vas la fille se mettre à pleurer, à suer, à dire qu’elle va mourir là ou tout ce genre de fatras ridicule. Non, j’avais simplement le cœur qui battait à tout rompre, les mains moites et quelques tremblements.

Si les murs pouvaient bouger, pourquoi pas le faîte des murs? Tant que ça ne devenait pas un tunnel noir et glauque et… Merde! Pourquoi est-ce qu’il a fallu qu’il me dise ce genre de chose!

J’avais toujours eu tendance à m’imaginer des scénarios plus ou moins catastrophe, mais là, ce n’était pas le moment!
Je m’assis au sol quelques instants, la tête entre les mains, me parlant à moi-même.

-Tu es dans un labyrinthe espèce d’idiote… Respire… Bordel…


Après une minute d’inspiration et d’expiration intense, j’avais fini par chassé cet pensée obsédante de mon esprit et je pus me relever.
Pour remarquer que le Valet ne se trouvait plus devant moi. Non, mais sérieusement!

-Je suis en plein délire, ce n’est pas possible. Jack!

Je m’élançais en courant jusqu’à la bifurcation et je m’arrêtais quelques secondes, regardant de chaque côté. Je remarquais le Valet, à l’autre bout de l’allée de gauche et je pris cette direction en continuant de courir.

-Jack!

Jusqu’à ce que je me retrouve face contre terre. Je m’étais pris les pieds dans je ne sais pas trop quoi. Une corde? Une ronce? Bref, le truc traversait de part en part le chemin.
Normalement, je regardais toujours où j’allais, mais là… Je me relevai, enlevant l’herbe sur mes jeans.

Et le sol céda. Je poussai une exclamation de surprise, retrouvant à deux mètres sous terre, dans une sorte de large fosse. J’avais dû activer un piège en trébuchant.

Il fallait être un malade psychotique pour installer des pièges dans un endroit pareil. La perte du sens de l’orientation n’était pas assez, mais non! Ce n’était pas assez amusant, voyons…

Je me relevai et m’approchait du bord. Même avec les bras levés, je touchais à peine le sol du labyrinthe. Je reculai pour avoir une meilleure vue et je compris que je ne pourrais pas sortir de là-dedans toute seule, ce qui me fit trembler.

Une souris géante, une reine qui coupe à la tête à n’importe qui, un labyrinthe et là, une fosse. C’était pas ma journée…

-Je suis définitivement maudite.  

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Sam 14 Mar - 15:36

Autour de nous, les immenses haies s’étiraient vers le ciel, parfois secouées par le vent qui déversait son souffle dans les allées. On ne voyait que devant soi ou derrière soi, parfois sur les côtés lorsque nous arrivions à une intersection, mais c’était tout. Le champ de vision se restreignait considérablement dès que l’on posait un pas à l’intérieur du dédale. Dès lors, il devenait impossible d’élaborer une stratégie sur le chemin à suivre, même en ayant observé les lieux depuis un point surélevé, pour la simple raison que tous les repères se faussaient une fois cerné par les murailles végétales. Je le savais d’expérience.
J’avais mémorisé le trajet, mais il fallait prendre garde à tellement d’éléments que je devais réunir toute ma concentration pour ne pas esquisser un faux pas. C’était la loi immuable du Labyrinthe : la concentration.

Alysse ne me parlait pas et c’était très bien ainsi. Je ne voulais pas être déconcentré par de futiles babillages, même si j’avais acquis, à la Cour de Cœur, une certaine aisance à suivre les conversations tout en réfléchissant en même temps. Néanmoins, le seul endroit où je risquais de me perdre à la Cour, c’était dans l’ennui.

Les allées se succédèrent donc dans un silence de cathédrale, tandis que mes pieds et ma mémoire se trouvaient reliés, la deuxième imposant la direction aux premiers. Rester concentré était toujours difficile et les tout juste initiés au Labyrinthe avait malheureusement tendance à paniquer trop vite et à tout oublier du trajet à suivre. Il fallait sans cesse repousser toute sorte de pensées et en ce jour, j’éprouvais quelques difficultés à le faire. Les paroles du Garde revenaient sans cesse me harceler et même si j’estimais qu’un Valet n’avait pas besoin de connaître les desseins de sa Reine, je n’arrêtais pas de me poser des questions à ce sujet. Il arrivait que la Reine précipite des Alices dans le Labyrinthe, par simple distraction, mais elle les rencontrait d’ordinaire dans la salle du trône.  

Et puis, pourquoi accorder autant d’importance aux Alices, après le mal qu’avait fait le Temps sur notre monde ? Cela, je ne pouvais pas le comprendre. Qu’avaient donc ces habitants d’un autre monde pour que tant de personnes s’intéressent autant à leur sort ? Si je n’avais pas été le Valet de Cœur, je ne serais qu’un homme insignifiant dans l’ombre des Alices. Non, même en étant le Valet de cœur, je me trouvais dans l’ombre des Alices ! Et après on disait que la justice de la Reine se caractérisait par l’illogisme, mais je n’étais pas certain que les lois de ce monde soient plus justes…

« Jack ! »

La voix se faisait lointaine et pressente. J’y décelais même un brin de panique. Mais ce n’est pas cette raison là qui m’arrêta. On m’appelait si peu par mon prénom que je figeais net. Je me retournais juste à temps pour voir… rien. Justement, c’était là que résidait le nœud du problème : Alysse était censée se trouver derrière moi.

J’étouffais un juron –pas très digne d’un Valet. Je lui avais pourtant bien dit de rester derrière moi. Si rien que cela lui semblait difficile, je préférais ne pas imaginer la suite !
Je revins sur mes pas, trouvant sur mon chemin un joli vide d’une forme circulaire parfaite. Ceux qui avaient construit le Labyrinthe n’étaient décidément pas n’importe qui !

« Je suis définitivement maudite. »  

La petite voix s’éleva avec humeur et la silhouette frêle apparut au fond de sa geôle improvisée. Accroupi au bord du vide, je l’observais avant de dévoiler un grand sourire.

« Allons, aurais-je oublié de vous prévenir qu’il y avait des pièges ? »

Comme la jeune fille en bas tremblait de tous ses membres, je stoppais là la plaisanterie. Je me penchais vers le vide, en prenant garde à ne pas tomber dedans. Pour le coup, j’aurais l’air fin… Bref, je tendis ma main à Alysse, me demandant si la peur de rester coincée dans ce trou serait plus forte que celle de franchir une barrière physique entre elle et moi. Inutile de préciser que l’inverse serait assez insultant pour moi…

Je la sentis hésiter, mais avant qu’elle n’ait pris une décision, je me redressais soudainement :

« Ah attendez ici ! Enfin… ce n’est pas comme si vous pouviez aller ailleurs », ajoutais-je, plein de malice.

Je disparus donc de la surface du trou et entrepris de fouiller les murs végétaux. A nouveau, les ronces s’amusèrent sur ma peau, mais un Valet ne se souciait pas de ça… Aïe !
Saloperie de ronces...

Je finis par trouver ce que je cherchais entre les feuilles. Une belle liane, pas très grande certes mais assez solide pour servir de corde. Je retournais donc devant le trou et envoyais ma trouvaille, tout en lui lançant sur un ton badin :

« Accrochez-vous, illustre invitée »

J’attendis donc qu’elle s’agrippe à la liane pour pouvoir la hisser jusqu’en haut. En vérité, rien de tout cela n’aurait été nécessaire, le trou n’étant pas si profond. Attraper ma main aurait été bien plus que suffisant, mais vu la distance qu’Alysse avait mis entre elle et moi, je supposais qu’elle voulait éviter tout contact physique avec moi. Je l’avais bien pris en note. Être observateur et anticiper les volontés des invités est le strict minimum pour un Valet.

Mais une fois la demoiselle hissée en haut, je l’agrippais par le bras sans un mot, la tirant vers moi, loin du vide. Dans l’élan, son visage se rapprocha du mien, nos nez se collant presque de la plus drôle des façons. La tentation d’une taquinerie était trop forte et je ne savais pas résister à cette tentation là. Je faisais partie de ces Valets qui aimaient parfois faire les pitres.  

« Attention à ne pas retomber », lui dis-je en la regardant droit dans les yeux.

Mon pouvoir venait de mon regard. Quiconque le croisait m’ouvrait l’accès à ses émotions, même les plus intimes. Ceux qui le savaient l’évitaient comme on fuit la peste.
Je lisais dans les yeux de la jeune fille face à moi aussi bien de la peur que de la colère. Contre qui, je ne pouvais guère le savoir. Moi, peut-être ? Quoiqu’il en soit, j’avais vu juste : si elle évitait de m’approcher de trop près, c’était bien à cause de la peur. Peut-être une forme d'aversion aussi. Bien souvent, on se prend à détester ce qui nous fait peur.

Je lâchais donc Alysse, lui rendant ainsi son bras et délaissant son regard, pour reculer de quelques pas.

« Êtes-vous blessée quelque part ? », m'enquis-je.  

Passer d'une chose à une autre sans préambule ne me gênait aucunement. Je crois que j'étais presque devenu insensible à toute forme de gêne quelle qu'elle soit. Seul comptait l'amusement que me procurait l'instant présent, l'une des rares joies glanées par ci par là sur le dos des autres par un Valet facétieux.

Hors-rp:
 

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Mar 9 Juin - 17:41

J’entendis des pas s’approcher et Jack apparut sur le bord du vide, accroupi et exhibant un large sourire moqueur.

« Allons, aurais-je oublié de vous prévenir qu’il y avait des pièges ? »

Ma mâchoire se serra et je me mordis la langue, tout en lui lançant un regard que je voulais venimeux. Non mais sérieusement…

Je marmonnai entre mes dents, juste assez fort pour qu'il n'y ait que moi qui puisse entrendre: -Va au diable...

Mais j’aurais dû être plus prudente, j’aurais dû me douter que dans un monde comme celui-ci, un labyrinthe ne pouvait pas être seulement composé de haie et être une douce balade. Je tentais de contrôler mes tremblements, mais sans réel succès. Le Valet se pencha dans ma direction, et me tendit la main. Paralysée, je ne pus esquisser un seul geste, mais intérieurement, j’hésitais. Je ne voulais pas rester coincé ici jusqu’à je ne sais pas trop quand, mais en même temps, je ne voulais pas lui prendre la main.

« Ah attendez ici ! Enfin… ce n’est pas comme si vous pouviez aller ailleurs »

Je croisais mes bras sur ma poitrine et j’entrepris de frotter mes bras, un geste spontané pour me réconforter. Si les hommes ne m’effrayaient pas autant, je n’aurais pas l’air d’une une fille coincée.

-Calme toi, allons espèce de nouille, il ne fait que t'aider...

J’entendis Jack farfouiller dans les haies, sans réellement pouvoir savoir ce qu’il trafiquait.
Il revient quelques temps plus tard et il lança quelque chose jusqu’à moi. Une corde de fortune. Je soupirais de soulagement.

« Accrochez-vous, illustre invitée »

J’attrapais la liane de mes deux mains et je grimpai tant bien que mal jusqu’en haut. Le sport n’a jamais été ma force. Après un temps d’effort relativement court, je pu poser mon pied sur le bord du piège. J’allais soupirer de soulagement, lorsque je sentis qu’on m’agrippais par le bras et qu’on me tirait loin du vide. Mon soupir s’étrangla dans ma gorge lorsque le visage de Jack se retrouva à quelques millimètres du mien.

« Attention à ne pas retomber »

Ses yeux rouges étaient des plus hypnotisant et je ne pu m’empêcher de les fixer alors que cette peur qui me prenait chaque fois qu’on s’approchait trop près de moi me prenait et me tordait le ventre. J’avais les mains moites et le souffle court, mais je ne pouvais pas quitter son regard de mes yeux écarquillés. En réalité, je ne le voyais plus vraiment, le visage de Jack avait soudainement été remplacé par celui d’un autre, celui de la personne que je détestais le plus au monde.

Je sentais à peine le valet me lâcher et je l’entendis à peine me demander si j’étais blessée. Je reculais furieusement de plusieurs pas et je m’effondrais contre la haie. Ce satané monde me faisait revivre mon pire cauchemar. Autour de moi il n’y avait plus de labyrinthe et de verdure, juste un vieil appartement quelque peu miteux et un homme qui hurlait des injures que je ne pouvais pas comprendre. Je levais instinctivement les bras pour me protéger des coups qui allaient venir comme chaque fois qu’il avait trop bu. Mais cette fois, c’est une bouteille qui se fracassa sur mon poignet levé. Je me rappelais cet épisode, j’avais fini avec le poignet dans le plâtre et j’avais dû inventer une histoire plausible à l’hôpital pour expliquer comment j’avais pu me couper et me blesser de cette façon.

C’est la douleur à mon bras qui me réveilla du cauchemar dans lequel Nightmareland m’avait soudainement plongé. Je regardais mon poignet droit pour le voir ensanglanté par quelques coupures. C’était un vrai délire, comment est-ce que je venais de vivre dans un... une transe- Je ne savais pas réellement comment l’appelé- pouvait se transposer dans la réalité?

Je me relevais tant bien que mal et tenant mon poignet blessé contre ma poitrine –heureusement qu’il n’était pas cassé cette fois- et j’évitais de regarder le valet. Je dis faiblement :

-N-ne, ne vous approchez plus de moi... Je... Je déteste les hommes...

Ils sont toujours cruels et on de mauvaises intentions derrières leurs sourires et leurs belles paroles...

J’étais incapable de rajouter la dernière partie, alors je préférais me taire.

Je lui fis signe avec mon autre main qu’il pouvait prendre les devants pour qu’on arrive enfin à la Reine qui devait s’impatienter.

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MessageSujet: Re: Aux frontières de l'irréel    Sam 13 Juin - 11:14

J’essuyai soudainement l’horrible sensation d’être ignoré. Ma question demeura en suspens, tandis que mon visage se figeait, statufié par l’absence de réponse à ma question pourtant bienveillante. Etais-je un valet si inutile pour que l’on ne daigne pas me répondre ? M’étais-je montré trop discourtois ? Ah tant de haine ! Voilà qu’on me punissait pour mes farces ! L’invitée de ma Dame me renvoyait une barrière de mépris en m’ignorant royalement !

Je n’avais plus qu’à aller me terrer dans un coin du labyrinthe, me morfondre au fond d’un abime de solitude !

Je me laissais ainsi aller à ces pensées théâtrales, dignes d’une personne aussi passionnée que moi, ponctuées de mimiques tragiques qui n’avaient aucun effet sur l’invitée du royaume, avant de m’apercevoir que cette dernière ne semblait pas dans un meilleur état. Et en plus, on allait dire que je ne prenais pas soin des invités !
Ce n’était pas de ma faute ! Je lui avais pourtant bien dit de me suivre ! Comment avait-elle fait pour ne pas voir la fosse ? Ah ! Pourquoi cela me retombait toujours dessus, ce genre de choses !

La curiosité prit peu à peu le pas sur mes lamentations –qui étaient tout à fait légitimes, soit dit en passant- et je m’intéressais de plus près au « cas Alysse ». Comme elle paraissait pâle ! Nul besoin de lire quoi que ce soit dans ses yeux ; tout son visage laissait désormais transparaître la peur et la colère. Peut-être même une certaine résignation.

Je jetai un œil désinvolte au labyrinthe. Cet endroit avait l’habitude de réveiller les craintes autant que la folie des visiteurs qui l’arpentaient. Il ne me paraissait donc pas étrange qu’Alysse subisse ses effets dévastateurs. Heureusement, j’étais là pour la guider !

… Pas sûr que cela la rassure, en fin de compte.

Au bout de quelques secondes à peine, la jeune fille serra son poignet contre elle, mais dans son regard, j’avais l’impression que de longues et pénibles minutes s’étaient écoulées. J’allais réitérer ma question, car elle ne m’avait pas semblé en état de répondre. Au moins, je pouvais me rassurer en me disant qu’il ne s’agissait pas d’une manifestation de dédain…

« N-ne, ne vous approchez plus de moi... Je... Je déteste les hommes... »



Je clignai des yeux devant cette déclaration de non-amour, sans trop savoir quoi en penser. D’un côté, ces propos prouvaient qu’elle ne me détestait pas moi en particulier. Sauf que j’étais un homme. Et tous les hommes étaient détestables à ses yeux. Donc, elle me détestait aussi…

« Ah, mon cœur saigne ! Suis-je donc un valet si indigne pour que l’on me considère comme n’importe quel autre homme ? Je n’ai plus qu’à aller me jeter dans l’une des nombreuses fosses du Labyrinthe ! »

Je m’approchai brusquement d’Alysse pour faire mine de lui prendre les mains dans un souci de tension dramatique et d’esthétisme scénique, mais son expression m’engagea à reculer de plusieurs pas.
Je m’éloignai tout aussi promptement, avant de tourner à l’angle formé par deux haies, disparaissant ainsi du champ de vision de la jeune fille.

Quelques secondes s’écoulèrent avant que je ne me penche pour regarder si Alysse me suivait. Finalement, je revins sur mes pas, une moue désabusée et boudeuse sur le visage. Je coulais un regard réprobateur en direction d’Alysse, qui n’avait pas bougé. Quand je dis « pas bouger », il faut vraiment comprendre pas bouger d’un millimètre.

Je n'avais peut-être pas attendu assez longtemps...

« Vous ne m’avez même pas retenu », marmonnais-je en détournant les yeux, boudeur.

Elle aurait pu au moins me courir après…

« Et si je m’étais vraiment retrouvé dans une fosse, hein ?! Vous y avez pensé au moins ? »

J'allais lui faire la morale, mais mon regard se reporta sur son poignet. Un filet de sang se détachait sur sa peau claire et je lâchai un soupir contrit à cette vision. Je repris aussitôt mon masque de valet, calme mais légèrement irrévérencieux.

« Vous savez, Alysse, ce n’est pas la peine de prendre autant à cœur cette histoire de rouge. La Reine aime cette couleur, mais elle préfère recevoir ses invités en bonne santé. »

Bon, il lui arrivait de couper la tête de certains en suivant, mais ne chipotons pas sur les détails, hein.

Ma farce avait déplu à Alysse, aussi décidais-je de la laisser tranquille. Du moins, pour le moment…

Je me demandai quand même ce qui était arrivé à cette jeune fille pour qu’elle éprouve un tel mépris pour les hommes. Les Alice avaient la fâcheuse tendance à faire facilement des amalgames. Malgré la complexité de Nightmareland, je trouvais notre monde plus simple. Quoiqu’il en soit, je savais qu’elle avait peur. Cela pouvait être utile. Ou pas.

Je retirai alors ma veste, tirant sur une manche par coups secs pour déchirer celle-ci. Le bout de tissu entre les mains, je me tournai vers l’invitée de ma Dame.

« Laissez-moi au moins vous faire un bandage. Je ne vous embêterais plus après, c’est promis »

Mes doigts se croisèrent dans mon dos, tandis que je souriais de la façon la plus convaincante possible. Je rajoutai plus doucement :

« S’il vous plait »

Sans attendre de réponse, je m’approchai, attendant qu’elle tende le poignet avec plus ou moins de bonne grâce, et veillant surtout à ne pas la toucher. J’avais rencontré des invités plus difficiles, mais je devais quand même avouer que ce n’était pas simple avec Alysse. Je plaçai le tissu sur les griffures, malgré le danger que mon approche pouvait engendrer pour moi –c’était ça l’héroïsme, voyez- et improvisai un bandage de fortune.  

Une fois ceci fait, je m’écartai le plus vite possible. Pas envie de me prendre un coup sur la tête.

Je récupérais machinalement ma veste, me faisant la réflexion que je ne devais pas ressembler à grand-chose avec une manche à moitié déchirée, puis je fis signe à Alysse de me suivre. Et qu’elle me suive bien cette fois-ci !

Spoiler:
 

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